Chroniques d’HP I

 

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Time By Emilie Léger ©

 
 

Temps 0

C’est le temps des saisons chaudes.
J’ai marché de par les collines assoiffées, éclaboussée par un soleil implacable.
Tu as rendu la caresse de ses rayons à mon visage inquiet.
Le sol brûlait et crissait sous mon pas chancelant, mais heureux.
C’était l’heure de l’amour sans nom.
Et le soleil brûlait et ton regard tendre caressait mon prénom…

L’heure des ténèbres

C’est l’heure de l’insécurité.
Depuis plusieurs jours il fait noir et, où que j’aille, je n’aperçois que mon squelette blanchâtre, par quelque cruel jeu de miroir.
Je pleure à m’en arracher les paupières et je crie misérablement ton nom.
Mais il fait si noir !
Un noir qui pulse, un noir qui mastique… je l’entends se joindre à la rumeur dans ma tête, emportant tout sur son passage et noyant ton nom.
Il me faut attendre encore.
Combien d’heures depuis les derniers ?
Où est l’heure ? Je ne vois rien que la boite devant moi.
Combien de losanges encore pour repousser l’obscurité et retrouver le silence ?
Quelle importance quand une boite suffirait à retrouver la paix ?
Je hurle ma peur par-dessus l’obscurité et le tumulte, je trébuche dans le noir qui mange l’âme, un nom peut encore me montrer la lumière et je le murmure dans mon secret.
Adrien… son tee-shirt contre mon visage, recroquevillée dans son lit d’adolescent, je le psalmodie en un ultime recours.
Quelques losanges pour faire bon voyage et ma main salvatrice sur le téléphone, je me rends, épuisée.

Le temps de l’indifférence

Le temps qui cède là où règne la loi de la souffrance.
J’ai voyagé de par des couloirs trop éclairés pour mon regard blessé.
Le brancard roulait et me berçait et personne ne savait mon nom.
Les râles autour couvraient la débilité de mes propres gémissements.
Les blouses s’affairaient.
La lumière blessait.
Mais mon nom, personne ne le savait.

L’heure de rendre les armes

Mon amour, ils ont délicatement blessé ma dignité, confisqué mes anti-douleurs et mes vêtements.
Je suis restée nue et dépouillée à fredonner ton nom.
Je crois que j’ai bien fait.
L’odeur d’antiseptique ne camoufle en rien celle de ma cellule claustrophobique.
Les murs sont d’un bleu apaisant et le linge est propre, mais la fenêtre reste fermée. A clef.
Je pense à vous, mes amours, je vais enfin pouvoir reposer.

Le temps de la solitude

Le visage familier de la solitude est un non-sens, ici.
Celui qui m’est nécessaire, que je cherche instinctivement du coin de l’œil. Le seul endroit au monde où je suis moi, sans regards, ni miroirs.
Ce lieu est surpeuplé de présences bruyantes, de pas furtifs ou traînants, de cris… de regards.
De tant et tant de regards que ça en est étourdissant.
Aucun n’est anodin, aucun ne se dissimule, il n’y a pas de secret possible, la chimie fait s’effondrer les dernières barrières du subconscient.
Il y a les regards compatissants, les curieux, ceux qui convoitent et ceux qui espèrent un point d’ancrage dans d’autres yeux de noyé.
Puis, terribles et rassurants, le regard attentif des blouses… il pèse, mesure, compte, surveille, déchiffre.
Une liste exhaustive des regards qui peuplent cet endroit serait fastidieuse,  impossible, mais on échappe à aucun d’entre-eux.
Et je me sens si terriblement seule. Où est ma bulle ?
Cette vie ne m’appartient pas.

Le temps du temps

Le temps se rythme à des besoins primitifs tels que l’odeur peu appétissante des repas ou le vacarme du chariot à roulettes et son orgie de pilules colorées.
Mais il y a les heures vides qui griffent mon cerveau et bloquent toute autre pensée.
J’essaie de réapprendre à lire pour tromper le temps quand, inopinément, il s’arrête.
Je fais de mon mieux, mes amours, même si la peur guette à chaque détour et fait de chaque nuit une lutte sans gagnants.
Et surtout, je n’oublie pas de guetter l’ombre, de crainte qu’elle ne s’allonge.

Le temps du soulagement

Si je meurs… si je meurs, je ne serai coupable de rien. J’ai rendu mes armes. 
 
 

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Publié dans : Chroniques bipolaires |le 14 décembre, 2012 |Pas de Commentaires »

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